mardi 3 décembre 2013

Les larmes du lac pour Narcisse



Texte extrait du prologue de "L'Alchimiste", écrit par Paulo Coelho. Il y relate la façon dont un autre auteur, Oscar Wilde, termine la légende de Narcisse. Dans la mythologie grecque, ce dernier était un beau jeune homme qui, fasciné par sa propre beauté, se noya en voulant contempler son reflet de trop près sur les berges d’un lac. À l’endroit où il était tombé naquit une fleur qui fut appelée Narcisse.

« À la mort de Narcisse, les Oréades, divinités des bois, étaient venues au bord de ce lac d’eau douce et l’avaient trouvé transformé en urne de larmes amères.

" Pourquoi pleures-tu ? demandèrent les Oréades.

- Je pleure pour Narcisse, répondit le lac.

- Voilà qui ne nous étonne guère, dirent-elles alors. Nous avions beau être toutes constamment à sa poursuite dans les bois, tu étais le seul à pouvoir contempler de près sa beauté.

- Narcisse était donc beau ? demanda le lac.

- Qui, mieux que toi, pouvait le savoir ? répliquèrent les Oréades, surprises. C’était bien sur tes rives, tout de même, qu’il se penchait chaque jour ! "

Le lac resta un moment sans rien dire. Puis :

" Je pleure pour Narcisse, mais je ne m’étais jamais aperçu que Narcisse était beau. Je pleure pour Narcisse parce que, chaque fois qu’il se penchait sur mes rives, je pouvais voir au fond de ses yeux le reflet de ma propre beauté. " »